RDC : « Hommages à Celui qui fut, professionnellement, mon ALTER EGO Pascal AMISI KIBANGULA », écrit avec pincement Charles Dimandja Wembi
Pascal,
Le rêve fou que nous caressions, en secret nous deux, de voir un jour Tkm renaitre des cendres tel cet oiseau mythologique, le Phoenix, ne se réalisera plus. Tu es parti emportant non seulement ce rêve fou mais l’énergie qui va avec
Face à ce drame intérieur, les mots me manquent. Et même alors si j’en trouvais, ils ne peuvent suffire pour traduire l’immense douleur abyssale que je ressens.
En pareilles circonstances, seul le silence est éloquent pour paraphraser Alfred de Vigny, romancier et écrivain français du 18ème siècle. Voir son roman « La Mort du Loup ».
Que peut alors dire un cœur brisé par la douleur, meurtri par la perte d’un être si cher qu’a été Pascal pour moi.
Certes pétri de talent professionnellement et unanimement reconnu par la corporation, Pascal était doté d’une qualité humaine rare de nos jours : l’altruisme.
Bon vivant sans aller aux excès, Pascal vivait pour les autres. Oui, il vivait pour les autres. Belle illustration ? L’effervescence et la mobilisation suscitées dès l’annonce de sa mort. Et preuve encore éloquente : votre nombreuse présence ce jour et en cette maison de Dieu pour les derniers hommages à ce trésor que nous arrache le destin à la fleur de l’âge. La mort de Pascal révolte plus d’une conscience. Comment et pourquoi est-il parti sitôt ?
La mort, Pascal, reste une énigme autant que la nouvelle de ta maladie. Personnellement, c’est après lui avoir souhaité mes vœux d’anniversaire au vu d’une de tes belles photos postées sur compte Facebook que Robert MASUDI, notre ancien Directeur Financier à Tkm m’alertera sur son état de santé réel. Et sans délai, je l’appellerai pour découvrir alors, au travers de notre longue conversation qu’il souffrait sérieusement, hospitalisé depuis longtemps, portant ta croix en silence et dans la solitude.
Ce qui m’avait bouleversé le plus, au travers cette ultime conversation, c’était la révélation qu’il me fit sur le niveau atteint par ta maladie. Il était en phase terminale de traitement du cancer dont il souffrait et que les médecins n’avaient pu vaincre malgré quelques lueurs d’espoir entretenus après plusieurs séances de chimiothérapie. Tranchant à la fin de notre entretien, il me dit : « c’est la fin ! ».
Démoralisé, et pour toute réponse, je lui dirai sans illusion : « Pascal, garde la foi. Dieu est le médecin de l’impossible ».
Jamais je n’oublierai cette ultime conversation. Et cette belle voix familière venue comme outre-tombe s’éteignant inexorablement.
Pascal, je ressens ta mort comme si on m’avait arraché une partie de moi-même. Une partie de mes entrailles d’où, professionnellement tu es sorti tellement on était complice tous les deux.
Je suis encore et toujours en plein désarroi depuis que j’avais appris d’un jeune frère ton décès ce lundi 10 Novembre 2025 à 5H00 du matin à Rouen, Capitale de la Normandie, Région du Nord de la France.
Oui, professionnellement, Pascal était donc une partie de moi-même. Mon alter égo. Un autre moi-même. De lui, je n’oublierai jamais son altruisme.
Responsable de la Rédaction à Tkm, Pascal n’était pas obligé de partager notre sort lorsque, pour de raisons personnelles, feu Dominique Sakombi Inongo, devenu alors Ministre de l’Information de Laurent Désiré Kabila et de l’AFDL, avait décider de confisquer TKM et de nous faire révoquer, Jean-René LUMBANA Kapasa, Directeur Général de la Chaîne et moi-même, Directeur d’Antenne, par une simple lettre du Secrétaire Général de son Ministère.
Tout au long de notre refuge au Cabinet de feu l’ancien Bâtonnier Me Mbiye, un cœur généreux qui nous offrit ainsi l’hospitalité pendant ces années de plomb, sans récriminations Pascal était donc resté avec nous partageant la grisaille quotidienne de nos longues journées blafardes pendant notre exil intérieur.
Notre destin croisé, Pascal et moi, n’avait donc rien de hasard. C’était un projet divin inscrit certainement dans les tribulations vécues après ma révocation de l’OZRT.
Février 1997. En perspective de la clôture la session au HCRPT dont Tkm s’était faite une spécialité en diffusant en direct les débats, le Patron de la Chaine, Aubain Ngongo Luwowo me convint, après moult tractations, de mettre en place la Rédaction du Journal télévisé.
Ainsi s’étaient croisés nos chemins Pascal et moi. Et depuis lors, on ne s’était plus jamais séparé jusqu’à ce jour.
Formaté par des plumes aussi prestigieuses comme celles de Kwebe Kimpele et de Nawej Karl Tshibund, Pascal était d’abord un pur produit de la Rédaction de La Libre Expression, l’un des Gros titres de la Presse écrite des années Transition et d’avant-guerre de l’AFDL. Titre appartenant toujours au Groupe de Presse Kin-Media dont Tkm faisait partie.
Au fil de temps, Pascal s’était ainsi taillé l’étoffe d’un leader de la Rédaction du journal composée à l’origine de Tito Ndombi, Floribert Luboto, Mwin Murb Fel, Paul Madidi, Léontine Walengo, Sylvie Bulundwe, Rose Masala, Diallo Mahindu, Dieudonné Ilunga, et enfin Benjamin NYUM, un sujet camerounais…Sur cette Équipe viendront se greffer au fur et à mesure : Jérôme Sekana, Jean-Marie Kapongo, Marie-Ange Mushobekwa, Francine Tshamala, Belise Okonda, Michelle Makonko, Dorothée Mamba et bien d’autres.
Mentorée par de grands noms de la Radio et de la Télévision nationale : Jean-René Lumbana Kapasa, Jean-Pierre Kibambi Shintwa, Charles Dimandja Wembi et Simplice Kalunga wa Kalunga et encadrée sur les plans technico-artistique par grands formateurs et réalisateurs du Studio Ecole de la Voix du Zaïre notamment : Nzanga Suke et Adrien Bievanga, cette équipe fera merveille professionnellement surtout pendant l’expédition militaire de l’AFDL vers Kinshasa.
Au confluent de tous ces apports intellectuel, professionnel, technique, moral, humain, Pascal avait donc fini par s’imposer comme le visage emblématique de Tkm. Beau, éloquent, mesuré, professionnel, rigoureux.
Séducteur certes, il était surtout perçu comme un gendre idéal dont rêvaient secrètement dans les chaumières bien des belles-mères potentielles.
Proche professionnellement et philosophiquement, Pascal était un vrai fidèle lieutenant. Il a su, à mon avis, réaliser et incarner ce type de Journaliste qui n’est plus de saison aujourd’hui : professionnel sans compromission, rigoureux sur les principes, crédible, esprit libre mais responsable.
Il était un véritable contre-pied à bien de ses congénères en vogue et surtout en manque d’identité faute de repères professionnels avérés.
Tkm reste ancrée dans la mémoire collective à cause de ses performances réalisées au crépuscule du Régime du Maréchal Mobutu et à l’aube des années AFDL.
Nous avions écrit à ces époques les plus belles pages de l’histoires d’un journalisme authentique par une jeune et petite chaine de télévision privée sans gros moyens. Parmi ses hauts faits d’armes les reportages réalisés dans les respects de normes professionnelles : la marche sur la Primature du leader de l’UDPS Etienne Tshisekedi, l’avancée des troupes de l’AFDL vers Kinshasa pour la prise du pouvoir d’Etat ou encore la marche de colère organisée par les étudiants des établissements supérieurs de la ville de Kinshasa. Marche après la chute de la ville de Kisangani aux mains des troupes de la bande à Jules Mutebusi et Kunda Batware.
Qui se rappelle encore que Pascal avait été le seul journaliste d’une chaine de télévision privée présent sur Outenika, ancienne frégate de la marine militaire sud-africaine ancrée au large du Port de Pointe-Noire pour filmer le face à face Laurent Désiré Kabila– Maréchal Mobutu dont je serai témoin de l’épilogue plutard, au Camp Tshatshi, sous la pression de l’envoyé spécial du Président Clinton, l’hispano-américain Bill Richardson.
Toujours au rendez-vous et au cœur des grands événements des années 97-2006 dont le Dialogue Inter congolais en 2002 à Sun City en Afrique du Sud, voilà comment le Journal de Tkm de 19h30 était devenu un grand rendez-vous incontournable de l’information et de ce fait, reste à ce jour une référence en la matière.
Pascal, nous avons combattu le bon combat comme dit Saint Paul. Et si c’était à refaire, et te connaissant, nous nous serions battus pour être présents à Washington avec notre Tkm.
Une Tkm évidemment, ressuscitée de ses cendres, revigorée et boostée par une nouvelle énergie afin d’écrire à notre manière, notre partition sur le nouveau destin de notre pays ainsi amorcé à la suite de l’Accord de Paix signé avec le Rwanda après trois décennies de guerre et de malentendu.
Mais hélas, Pascal, le destin en a décidé autrement. Tu es parti très tôt. Maintenant que tu n’es plus, que te dire ? Au revoir ou adieu ? Il paraît que les grands esprits finissent par se retrouver !
Pole, comme on dit chez nous, à toute la grande famille biologique de Pascal. Bravo à ses proches amis pour leurs élans de sympathie et de solidarité sans faille pendant ces moments douloureux et difficiles passés ensemble.
Profond remerciement particulièrement à notre Ministre Patrick Muyaya et à son Cabinet sans les contributions desquels les obsèques n’auraient pas connu une bonne fin.
Fait à Kinshasa le 07 Décembre 2025 Share this content:














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